115th Annual Conference - Honolulu, Hawaii
Friday, November 10 - Sunday, November 12, 2017

L’affaire Romand en littérature et au cinéma: entre réalité et fiction

Denis Pra, Los Angeles Pierce College

Cette communication s’attachera à montrer que l’histoire du faux docteur Romand inspira l’écrivain Emmanuel Carrère tout autant que les réalisateurs Nicole Garcia et Laurent Cantet. Pourtant, le roman L’adversaire (2000), son adaptation (2002) et le long-métrage L’emploi du temps (2001), présentent des visions très différentes de l’affaire et de son fascinant meurtrier. Que révèlent ces choix narratifs respectifs?

Proposal: 

Après avoir fait croire pendant près de vingt ans qu’il travaillait à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), sur le point d’être démasqué, le faux docteur Romand décide de tuer femme, enfants et parents. Après le choc, les interrogations : comment un être, aussi éloquent soit-il, avait-il pu cacher si longtemps à ses proches la vérité ? Comment, sans travail, avait-il maintenu son train de vie ? Et pourquoi avait-il préféré tuer ceux qu’il aimait plutôt que d’être démasqué ? L’affaire passionna extraordinairement. Emmanuel Carrère en tira l’un de ses meilleurs récits : L’adversaire (2000). Quant à Laurent Cantet et Nicole Garcia, ils en firent chacun un long métrage avec des choix narratifs radicalement différents. L’emploi du temps (2001) et L’adversaire (2002) présentent en effet deux visions opposées de l’affaire et de son fascinant meurtrier. Comme le relève Michel Chion dans Ecrire un scénario « cet art de la narration peut, à lui seul, donner de l’intérêt à une histoire sans surprise. » (Chion, 123). L’objet de cette communication sera donc de montrer que le passage du fait divers au récit puis du texte à l’image sont des processus complexes mais qui peuvent permettre aux écrivains, scénaristes ou réalisateurs de repenser, réécrire ou aborder l’histoire de manière originale. Cependant, pourquoi Carrère fait-il le choix de s’inclure dans le récit du meurtre pour créer une forme hybride d’autobiographie ? Pourquoi Nicole Garcia ignore cet aspect du roman qu’elle adapte en 2002 ? Pour quelle raison Laurent Cantet ne mentionne-t-il pas la mégalomanie du meurtrier et décide d’en faire une victime du chômage ? Est-ce que le roman et les deux films sont, d’une certaine manière, fidèles à l’histoire de Jean-Claude Romand ? Que dire des partis pris ? Au final, quelle formule a le plus suscité l’intérêt du public ?

Voici quelques-unes des pistes d’études qui guideront cette communication dont l’objet final sera d’appréhender les trois visions d’une seule et même histoire.