115th Annual Conference - Honolulu, Hawaii
Friday, November 10 - Sunday, November 12, 2017

Hélène Cixous entre hagiographie et hantologie 

Cecile Hanania, Western Washington University

 La communication porte sur le texte hommage d’Hélène Cixous : Portrait de Jacques Derrida en Jeune Saint Juif (Galilée, 2001). Il s‘agira d’analyser son lien à des genres canoniques et à des dogmes religieux et liturgiques, et d’explorer la facture textuelle et péritextuelle singulière de l’œuvre.

Proposal: 

Ma communication porte sur le texte d’Hélène Cixous : Portrait de Jacques Derrida en Jeune Saint Juif, Galilée, 2001, hommage au philosophe et ami de longue date de l’écrivaine, rencontré en 1963. L’ouvrage fait partie d’une série de textes qui composent une « conversation » entre les deux écrivains. Présent dès le texte de Derrida, Fourmis (1990), ce dialogue prend toute son ampleur dans un livre de 1998, intitulé Voiles, qui rassemble deux écrits : Savoir d’Hélène Cixous et Un ver à soie, de Jacques Derrida. Il se poursuit en 2003 avec Genèse, généalogie, genre et le génie, hommage appuyé de Derrida  à Cixous, et Rêve je te dis de Cixous, paru un avant le décès de Derrida, qui contient déjà un texte intitulé : « La tombe de JD ». Enfin, en 2005, un an après la disparition du philosophe, Cixous publie: Insister, à Jacques Derrida (auquel on peut ajouter un ultime hommage, « Ce qui a l’air de quoi » prononcé lors d’un colloque de 2005 consacré aux deux auteurs, et publié en 2007).

Dans un premier temps, je commenterai le statut particulier de Portrait de Jacques Derrida en Jeune Saint Juif, écrit que l’auteure situe explicitement, dans son avant-propos et dans son titre, dans la continuité de deux genres littéraires canoniques : le portrait, et plus ironiquement ou impudemment, le texte hagiographique. J’analyserai la façon dont Cixous emprunte à une tradition littéraire et s’en écarte tout à la fois, et montrerai également comment  elle recourt à des thèmes, voire à des dogmes, religieux ou liturgiques, qui entremêlent christianisme et judaïsme. Dans un second temps, j’étudierai le péritexte singulier de l’ouvrage : avant-propos, sous-titres, débuts de chapitres, marges, couleurs, et la façon dont cet agencement compose et permet un surgissement et une mise en avant de la personne disparue, non par des images ou des descriptions (comme dans l’hypotypose), mais par des visions ou perceptions plus abstraites, émanant de commentaires textuels et d’un jeu sur la matérialité et la signifiance des vocables. Autant de traces du passé qui font apparaître sous la lettre un « spectre » derridien, et font de ce texte hommage une hantologie.

 

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