112th Annual Conference - Riverside Convention Center, California
Friday, October 31 - Sunday, November 2, 2014

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Philippe Djian: une écriture dure et sans fioritures?

Gilles Viennot, University of Arkansas

Cette présentation s’attache à faire découvrir les audacieux premiers romans d'un auteur important, qui a révolutionné et décomplexé les lettres françaises via une langue inventive, avant que ses ouvrages ne se fassent par la suite moins incisifs.

Proposal: 

Philippe Djian fut l’un des premiers à refléter les mutations de la masculinité à la fin du Baby-Boom. Dans ses premiers textes, des autofictions, notamment son second roman, Zone érogène, publié en 1984, la lucidité brutale se mêle à l’orgueil insensé d’un auteur partagé entre l’écriture et ses relations houleuses avec les femmes, via une langue instinctive, nonchalante. Fervent admirateur des auteurs américains suivants, centrés sur la masculinité (Kerouac, Carver, Brautigan, Salinger, Bukowski, Fante), il redéfinit le roman français, étrillé par la cure d’amaigrissement du Nouveau Roman (aux intrigues atrophiées censées refléter l’étrangeté du monde), et réinvente une nouvelle manière de s'écrire. La culture de la “zone” (prototype des banlieues) jalonne ses romans, poussant ses détracteurs à blâmer un iconoclaste en souffrance avec la grammaire. Son premier roman, Bleu Comme l’Enfer (1983) témoigne en avant-poste d’un monde prêt à basculer dans l’ultraviolence et la folie. Loin d’en faire une dénonciation accablante, Djian se replie sur lui-même et l’écriture (la seule aventure qui vaille), et cherche du réconfort dans l’amour.

Ample, masculine, nerveuse, son écriture constellée de mini-descriptions centrées sur la lumière décrit plus qu’elle ne raconte. Les scènes d’amour physique, réalistes, ont poussé la critique à le rattacher à la culture rock (confortée par sa collaboration suivie avec le chanteur rock suisse Stefan Eicher). Ultime recours surgi de la détresse, l’écriture apaise, guérit et sauve en accouchant d'une œuvre. Dans Zone Erogène, l’écriture confère au narrateur une identité stable mais ne se livre pas sans heurts : solitude, sécheresse créative, angoisse débilitante. Arrivée à son terme, la fertilité créatrice se tarit, ouvrant sur un âpre réajustement à la vie sans écriture, avant que cette dernière ne réclame à nouveau son dû.

            Plusieurs voix coexistent et thématiques chez Djian. Le Djian rock se pâme pour les voitures, les femmes, la littérature, la musique pop et la bière. Avec une mâle assurance, il décrit la délinquance, les drogues, les jeunesses brulées, via une écriture fougueuse gonflée à la testostérone.

Le Djian politique brosse une description parcellaire du monde, étale, focalisée sur la narration de l’intime. Ses rares incursions dans la société (de consommation) dépeignent un monde étrange, absurde, où les regards sont malsains et les engouements consuméristes et insensés.

Le Djian guilleret, esthète épicurien, pessimiste grisé par sa bravoure, sait que la vie ne tient qu’à un fil et que la folie guette. Son écriture procède de cette expérience, entre jubilation et atermoiements. Grand amoureux, il rend un hommage vibrant aux femmes, louant leur corps et leur force plus que leur esprit. Il revendique une attirance jamais démentie pour leur présence, beauté, psychologie et apparente fragilité.

Le Djian pessimiste, misanthrope, écrivain de la solitude, des âpres défaites, alliant morgue et auto-apitoiement, scrute la masculinité en mutation. A trente ans, déjà obsédé par la mort et l’inéluctable décrépitude des corps, il se fait l’écrivain des lendemains qui déchantent, retranché de la société pour écrire au calme, loin des agitations dérisoires.

Dans ma présentation, je m’attacherai à faire découvrir un auteur important, qui a révolutionné et décomplexé les lettres françaises via une langue inventive, avant que ses ouvrages ne se fassent moins incisifs.

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